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5 août 2021
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Véhicules neufs importés : Pourquoi les prix augmenteront !

Pour gagner en attractivité et en compétitivité, le Maroc a assoupli le régime de change du dirham. Une mesure susceptible de constituer un levier efficace pour la réalisation des objectifs de croissance durable. Si, entre autres répercussions positives, cette mesure devait favoriser le développement du tissu industriel local et des exportations, elle pourrait néanmoins impacter plusieurs filières dépendant des importations.

C’est le cas notamment des biens de consommation au rang desquels figurent les véhicules importés, les produits et services qui y sont rattachés en matière de réparation, d’entretien, de pièces de rechange et pour lesquels les prix pourraient augmenter. Décryptage de ce mécanisme de la fluctuation du dirham et de ses répercussions sur les ventes de voitures neuves sous le regard averti de quelques opérateurs avisés du secteur automobile dans le Royaume.

Objet de toutes les spéculations et maintes fois repoussé, le projet de la flexibilité du taux de change du dirham marocain est devenu réalité depuis le 15 janvier dernier.

Suivant les recommandations de Bank Al-Maghrib (BAM), le ministère de l’Économie et des Finances a adopté ce nouveau régime de change dans lequel la monnaie officielle est rattachée à un panier de devises constitué de l’euro à hauteur de 60% et du dollar à hauteur de 40%. Avant cette réforme, le dirham évoluait dans une bande de fluctuation de +/- 0,3% établie par la Banque centrale.

Selon Nasreddine Obada, Directeur Général de Hyundai Maroc, «Le nouveau régime de change vise à ce que la valeur du dirham soit déterminée par l’offre et par la demande et non pas par la Banque centrale. Un mécanisme qui constitue aussi un élargissement de la bande des achats et des ventes de devises».

De la sorte, la finalité d’un tel mécanisme permettrait de refléter au mieux la situation économique du Royaume, tout en limant graduellement les interventions de la BAM.

Et Nasreddine Obada d’ajouter : «c’est aussi une façon d’habituer les opérateurs économiques aux règles du marché et d’auto-réguler nos importations en fonction de nos réserves en devises».

La flexibilité donnée aux banques associées à une balance des paiements négative va entraîner de facto, et après l’épuisement des réserves de devises entrées à bon prix, une dévaluation du dirham de 2,5%

Allal Benjelloun, Directeur Général-adjoint de CAC

Une flexibilité qui devrait envoyer, par ailleurs, un signal positif aux investisseurs étrangers en autorisant une plus grande circulation des capitaux. Aussi, un dirham plus faible profiterait à la compétitivité des exportations marocaines.

Il serait aussi bénéfique pour plusieurs secteurs (dont le tourisme) et ferait gonfler la valeur des envois de fonds auxquels procèdent régulièrement plus de 4,5 millions de Marocains installés à l’étranger, notamment en zone euro.

Les produits d’importation impactés

Mais la réforme n’est toutefois pas exempte de risques pour certains opérateurs économiques étant donné que la balance des paiements est déficitaire.

«La flexibilité donnée aux banques associées à une balance des paiements négative va entraîner de facto, et après l’épuisement des réserves de devises entrées à bon prix, une dévaluation du dirham de 2,5%», nous explique Allal Benjelloun, Directeur Général-adjoint du groupe CAC.

«Seule la baisse de l’Euro face aux autres monnaies combinées à une concurrence entre les banques peut limiter ce glissement».

Ce qui reviendrait à dire que ce mécanisme est favorable aux exportateurs et non aux importateurs. Concrètement, les indicateurs se maintiendront au vert s’agissant de l’industrie automobile locale. Faut-il souligner que le Royaume a su attirer des poids lourds automobiles à l’instar de Renault dont la production industrielle est passée de 345 000 véhicules en 2016 à 376 000 en 2017 avec un volume des exportations estimé à 333 189 véhicules.

 En cas de grave dépréciation, je vous assure que Ford et notre partenaire Scama feront tout ce qui est possible pour continuer à stabiliser les prix de nos produits et les maintenir accessibles pour le consommateur.

Achraf El Boustani, Directeur Général des opérations de Ford pour l’Afrique du Nord

La flexibilité du dirham devrait renforcer la compétitivité à l’international des plates-formes de Meloussa et de Casablanca, tout comme l’écosystème industriel automobile qui y gravite autour. Il en serait de même pour une partie de la gamme des véhicules Dacia fabriquée et commercialisée dans le Royaume et qui pourrait se révéler encore plus compétitive qu’elle ne l’est déjà aujourd’hui. De bon augure également pour l’usine du groupe PSA de Kenitra qui devrait être opérationnelle courant 2019.

En revanche, le business lié à l’importation et à la vente des voitures neuves au regard de ce mécanisme de fluctuation en serait impacté. À moins d’importer en dollar compte tenu de la baisse de la devise américaine face aux autres monnaies.

Certes, et selon certains spécialistes financiers, le dirham ne sera pas laissé complètement à la loi du marché. En effet, en cas de pressions excessives sur cette devise, ce qui entraînerait un taux de change en dehors des limites fixées par la BAM, cette dernière se réserve le droit d’intervenir.

«La flexibilité introduite ne correspond pas à un flottement, car nous sommes toujours dans le cadre d’un régime de change quasi fixe», nous suggère Achraf El Boustani, Directeur Général des opérations de Ford pour l’Afrique du Nord.

Il complète son propos : «il s’agit, toutefois, d’une réforme préventive et non pas curative, car elle ne constitue pas une réponse à une diminution sensible des réserves de change du pays, ou à une crise économique et financière. Le risque d’une sévère dépréciation du dirham sera maitrisé voire vraiment limité».

L’automobile sous haute surveillance

À nouvelle année, nouvel exercice commercial pour le marché automobile des véhicules neufs importés qui a redémarré timidement après un exercice 2017 remarquable.

13 627 véhicules particuliers (VP) et utilitaires légers ont été écoulés à fin janvier dernier, soit une légère régression de -1,12% comparé à la même période l’année dernière.

À y regarder de plus près, le segment des voitures particulières se maintient avec 12 821 unités vendues au contraire du segment des utilitaires légers en baisse de -19,56%. Les offres alléchantes proposées quotidiennement par les importateurs automobiles, soutenues par les organismes de crédit et les assureurs, devraient contribuer à booster le secteur.

Faut-il y ajouter la perspective du Salon Auto Expo en avril prochain qui devrait, lui aussi, apporter sa contribution à la bonne santé du secteur des voitures neuves importées. Mais si l’on y ajoute le nouveau régime de change, le passage à un régime de change plus flexible peut engendrer une dépréciation de la devise locale et, par conséquent, peut avoir un impact direct sur la structure des prix des produits importés.

«Les importateurs risqueront d’augmenter les prix de leurs marchandises afin de faire face à toute éventuelle détérioration de leurs marges», rappelle Nasreddine Obada.

Les importateurs risqueront d’augmenter les prix de leurs marchandises afin de faire face à toute éventuelle détérioration de leurs marges. In fine, la fluctuation du dirham vient en faveur des exportations et en défaveur des importations

Nasreddine Obada, Directeur Général de Hyundai Maroc

«L’impact d’un tel mécanisme à plus ou moins long terme sur le marché automobile induira une hausse de +5% sur les prix» nous détaille Allal Benjelloun.

«Ce qui aura pour effet de stimuler la vente à crédit qui permettra de lisser la hausse sur trois et quatre ans», ajoute-t-il.

Les importateurs automobiles disposent-ils réellement d’une marge de manœuvre pour compenser les effets d’une telle fluctuation ?

«Aucune !», selon le Directeur Général-adjoint de CAC, qui considère qu’il faudra ajouter la hausse des matières et l’inflation répercutées par les constructeurs, ce qui correspond à environ 2%. Et M. Benjelloun de conclure : «Je crois que les opérateurs, malheureusement, serons amenés à augmenter leurs prix dans quelques temps».

Une vision corroborée par Achraf El Boustani. Le Directeur Général des opérations de Ford pour l’Afrique du Nord considère «qu’il existe logiquement un risque à ce que le prix des produits importés, et pas que les voitures, augmentent sensiblement». Et El Boustani de conclure : «Ceci dit, Bank Al Maghrib devrait intervenir, le cas échéant, pour maintenir la valeur du dirham dans les limites ainsi fixées et préserver le pouvoir d’achat des citoyens … Et donc, limiter le risque pour le consommateur final».

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