19 C
Casablanca
12 avril 2021
FLOTOMOBIL
Financement/Location/Fiscalité

Pour toute entreprise dans le Royaume qui, quelle que soit sa taille, souhaite constituer, étoffer ou renouveler son parc de véhicule automobile, l’enjeu du financement de ce dernier peut se résumer à une seule question : est-il préférable de l’acheter pour son propre compte ou de le louer, via les services d’un opérateur spécialisé ?

Derrière la simplicité, somme toute, apparente d’une telle alternative pour tout opérateur, se cache une pléthore d’interrogations qui s’articulent, entre autres, autour des préférences du chef d’entreprise en matière de mobilité, des modes de financement ou d’externalisation disponibles mises à disposition ainsi que leurs coûts, voire les contraintes techniques liées aux véhicules et à l’activité de l’entreprise. À vrai dire, c’est aussi et surtout un choix dont la résultante est arbitrée par les exigences comptables de l’entreprise.

Depuis ces deux dernières années, le marché des véhicules neufs importés dans le Royaume surfe sur un trend haussier. Si l’on croit les statistiques de l’Association des importateurs de véhicules au Maroc (AIVAM), ce ne sont pas moins de 168 593 véhicules qui ont été vendus à fin 2017, soit une progression de 3,3% comparativement à 2016.

Et à y regarder d’un peu plus près, 155 213 véhicules particuliers ont été écoulés, soit une progression de 1,9%, alors que 13 380 véhicules utilitaires légers ont été immatriculés, soit une croissance de 24,05%.

Ces indicateurs illustrent notamment le besoin accru des entreprises à recourir, au choix, à un achat comptant ou adossé à un crédit ou à faire appel à un loueur de courte, de moyenne ou de longue durée qui se chargera, moyennant rétribution, d’un accompagnement personnalisé quant aux modèles, tout en assurant la gestion optimale des coûts financiers relatifs à un parc automobile. Autant dire que l’automobile s’affirme de plus en plus comme l’outil de travail indispensable à même d’assurer la mobilité des professionnels en entreprise.

«Le véhicule est si important dans notre chaine de distribution que, parfois, nous sommes obligés de recourir, en cas de problème, à la location courte durée, même si cette prestation s’avère beaucoup moins économique», nous précise Mustapha Riahi, Dirigeant d’une PME spécialisée dans la fabrication et la distribution des produits BTP.

Le véhicule est si important dans notre chaine de distribution que, parfois, nous sommes obligés de recourir en cas de problème, à la location courte durée, même si cette prestation s’avère beaucoup moins économique

Mustapha Riahi, Dirigeant d’une PME spécialisée dans la fabrication et la distribution des produits BTP

Ces décisions traduisent une volonté de répondre à un besoin urgent, qui peut s’avérer parfois déterminant pour la continuité de certaines activités. Néanmoins, faut-il souligner que le véhicule représente l’un des postes d’investissements les plus importants dans une entreprise, ce qui nécessite une réflexion poussée et parfois, anticipée sur le choix quant aux différentes voies de financement de sa flotte automobile.

Acheter ou louer, le dilemme

Il n’existe pas dans l’absolu de critères arithmétiques précis permettant à un opérateur d’opter, selon un seuil critique, pour un achat en propre ou d’externaliser sa flotte. Toujours est-il que de nombreux responsables de PME, et c’est un constat avéré, ont un fort sentiment de propriété vis-à-vis de leur(s) véhicule(s). Et ce, parfois davantage que pour les autres équipements professionnels.

Or, investir dans un véhicule constitue une dépense importante qui pèse sur la trésorerie de l’entreprise. D’ailleurs, certaines TPE/PME vont ainsi opter pour le marché de l’occasion parce que la santé financière et l’état de leur trésorerie ne leur permettent pas de faire autrement.

De plus, de nombreux véhicules conservent une valeur résiduelle importante qui les rend compétitifs sur le marché de l’occasion, surtout s’il s’agit de véhicules utilitaires légers. Autre paramètre qui entre en ligne de compte et qui viendra influencer la décision de certains dirigeants, étant l’expérience acquise lors du lancement de leurs activités.

Cet acquis va, soit les ancrer dans leurs habitudes lors du renouvellement de leur parc auto, soit au contraire, les diriger vers un nouveau type de financement. Auquel cas, la question de l’achat ou de la location est donc essentielle.

Quatre solutions distinctes s’offrent au chef d’entreprise : l’achat au comptant, le crédit bancaire, la location avec option d’achat (LOA) ou la location longue durée (LLD). À bien y regarder, un choix existentiel pour de nombreuses entreprises dans la mesure où certaines solutions vont monopoliser une partie de leur capacité financière et grever d’autres investissements.

En tout état de cause, le mode de financement adéquat et les services nécessaires, en fonction du métier, du matériel transporté et de sa valeur, des aménagements nécessaires aux véhicules, du kilométrage parcouru, ou des services attendus sont autant de paramètres qui interfèrent dans la décision d’acheter ou de louer.

L’achat sur fonds propres

Acheter au comptant son ou ses véhicules constitue une option toujours usitée par beaucoup d’entrepreneurs dans le Royaume. Ces derniers considèrent qu’il s’agit du moyen le plus simple d’en obtenir immédiatement la propriété d’autant qu’ils évitent toutes formalités liées à la souscription d’un emprunt, et de fait, les intérêts qui en découlent.

«Nous avons opté pour une acquisition en fonds propres au lieu d’effectuer un crédit classique, une location avec option d’achat, voire une location longue durée», nous explique Mohamed Benouanass. Et le directeur général de Tangara Digital Creativ d’expliciter son choix : «du coup, nous n’avons pas d’intérêts à payer. Par ailleurs, nous parvenons à gérer avec minutie le suivi de notre propre parc, de par notre cœur de métier à savoir la géo localisation et la gestion de flottes».

De la sorte, l’entreprise est seule propriétaire de ses véhicules qui peuvent être revendus à tout moment sur le marché de l’occasion et dont le produit de la revente pourrait servir d’apport pour l’achat d’un véhicule neuf.

Nous avons opté pour une acquisition en fonds propres au lieu d’effectuer un crédit classique, une location avec option d’achat, voire une location longue durée. De ce fait, nous n’avons pas d’intérêt à payer

Mohamed Benouanass, Directeur général de Tangara Digital Creativ.

A contrario, on peut arguer du fait qu’un tel investissement financé sur les fonds propres de l’entreprise mobilise sa trésorerie ; de même que ce capital financier est comptabilisé à l’actif de la société. La question se pose de savoir s’il n’est pas plus judicieux d’utiliser ces fonds pour des investissements favorisant le développement de l’activité ?

Enfin, le véhicule générateur de coûts peut cacher une multitude de dépenses non escomptées au départ, partant de l’entretien jusqu’à la revente. De même que sa valeur vénale peut être affectée s’il n’est pas bien couvert en matière d’assurance.

Quid du crédit classique ?

En optant pour un crédit bancaire classique, l’entreprise rembourse par mensualités assorties d’un taux d’intérêt.

«J’ai préféré payer une mensualité de 12 000 DH pour un véhicule de 600 000 DH et dont je serais propriétaire après cinq ans, plutôt que de payer le même prix en location pour une gamme inférieure et pour un véhicule d’un montant de 400 000 DH», nous précise Housni Roustaq, Directeur commercial régional dans une multinationale basée à Casablanca, avant de poursuivre : « les mensualités proposées par les loueurs en Europe, sont nettement inférieures à celles proposées au Maroc, sachant que ma moyenne kilométrique annuelle ne dépasse jamais les 11 000 Km. Partant de là, mon choix, qui a consisté en l’achat plutôt qu’en la location d’un véhicule, a été rapidement fait».

En effet, les offres de financement, toujours aussi attractives par les temps qui courent et innovantes pour le client avec des coûts raisonnables, favorisent la continuité de ce mode d’achat. Toujours est-il que les taux d’intérêt du crédit classique (au même titre que le LOA) varient d’une société de financement à l’autre.

J’ai préféré payer une mensualité de 12 000 DH pour un véhicule de 600 000 DH et dont je serais propriétaire après cinq ans, plutôt que de payer le même prix en location pour une gamme inférieure et pour un véhicule d’un montant de 400 000 DH

Housni Roustaq, Directeur commercial régional dans une multinationale à Casablanca

Selon le responsable financier d’une entreprise agro-alimentaire, «la comptabilité permettra d’amortir cette voiture sur cinq ans en passant la charge d’amortissement en charge d’exploitation».

Par ailleurs, l’investissement peut être déduit des bénéfices imposables et qu’à la fin du crédit, la société, qui est devenue propriétaire de ses véhicules peut les revendre quand bon lui semble.

Ici, l’argument de taille souvent avancé par les loueurs longue durée, selon lequel les entreprises se trouvent débarrassés de la délicate question de la revente, n’est pas forcément l’un des moins décisifs tant qu’il peut arriver que le marché de l’occasion se retourne, et que l’entreprise propriétaire des véhicules n’ait pas forcément l’expertise et le recul des spécialistes de la location.

Il est à noter également que le coût du véhicule ne se limite pas au prêt ; aussi, la société doit prendre en compte l’entretien général et les frais cachés de la gestion de flotte automobile et qui, en conséquent, peuvent peser lourd dans la balance.

La LOA, pourquoi pas ?

Autre possibilité, et non des moindres, celle de posséder un ou plusieurs véhicules d’entreprise par le biais de la location avec option d’achat (LOA), une formule très utilisée par certains opérateurs qui consiste à louer, via un contrat, un véhicule sur une période déterminée de 2 à 5 ans, et au bout de laquelle le client peut acheter, s’il le souhaite, le ou les véhicules moyennant un tarif défini au préalable lors de la signature du contrat.

Une formule qui, selon certains responsables de flottes, s’adresse beaucoup plus aux entreprises qui n’effectuent pas d’importants kilométrages, qui renouvellent moins souvent leurs véhicules, ou pour lesquelles la nature de leur secteur d’activité nécessite des utilitaires aménagés ou transformés.

«Les transformations que nous avons effectuées sur nos utilitaires représentent un coût qui est loin d’être négligeable. La nature de notre métier dans les travaux publics expose ces derniers à de fortes usures. Nous avons opté pour la LOA car cela nous permet de conserver nos engins à la fin du remboursement et nous évite les mauvaises surprises quant aux frais de remise en état lors de la restitution dans le cadre de la location», nous explique ce directeur financier d’un grand compte BTP.

Aussi, faut-il préciser que sur un plan comptable, la LOA présente bien des avantages vu qu’elle offre une plus grande souplesse sur les loyers et le montant de l’option d’achat agréé , en permettant de lisser les échéances.

Ainsi, l’entreprise peut les fixer au préalable en fonction de ses impératifs financiers et comptables en optant, par exemple, pour des loyers peu élevés avec une option d’achat plus onéreuse ou faire le choix inverse.

Mais comme toutes les offres de financement, quelques inconvénients se font jour. En effet, la LOA est dépourvue de clauses de services qui font justement l’attrait de la location longue durée (LLD), l’entretien restant à la charge du locataire, de même que la revente des véhicules dans le marché de l’occasion.

Ajoutez-y les pénalités, les dommages et intérêts auxquels peuvent être confrontées les entreprises désireuses de mettre fin au contrat avant son échéance.

La LLD, une formule qui s’adapte !

Autre formule favorisant la possession d’un parc automobile, la location longue durée. Un marché qui connaît une croissance honorable dans le Royaume cette dernière décennie et qui compte plus de 6000 loueurs tous assujettis au même cahier de charges puisque le cadre réglementaire ne fait pas de différence entre la location courte, moyenne et longue durée.

Néanmoins, nous notons la présence de 8 grands opérateurs adossés dans la majorité des cas à des groupes bancaires. Le métier de la location étant structurellement capitalistique, seules les banques ou de grands groupes marocains solides financièrement peuvent s’y aventurer. Ils sont regroupés localement au sein de l’Association nationale des loueurs de véhicules en longue durée (ANALOG).

Dans le détail, la LLD permet de financer, moyennant des mensualités, l’usage d’un ou de plusieurs véhicules. Ces derniers sont loués sur une période allant de un à cinq ans pour un kilométrage déterminé. Pour les loueurs, le maître mot reste la qualité de service.

«L’expérience et la concurrence accrues tirent le secteur vers le haut et poussent les loueurs à mieux répondre aux besoins des clients. Par ailleurs, la qualité du service délivrée fait de plus en plus la différence et pourra s’améliorer dans le futur avec les différentes offres innovantes des acteurs de la location longue et moyenne durée», nous précise Carlos Sousa, le directeur général d’Arval Maroc.

Plusieurs avantages découlent de la location longue durée. Les plus importants ont trait, pour les entreprises, à l’allègement de leur bilan et la maîtrise des coûts liés à leur mobilité. Par ailleurs, le fait de circuler avec des véhicules neufs et bien entretenus sont une source de motivation pour leurs employés

Carlos Sousa, Directeur général d’Arval Maroc.

Une offre de service qui s’adresse à toutes les entreprises qui, pour diverses raisons, préfèrent éviter bien les contraintes, les risques et les coûts de possession d’un ou plusieurs véhicules, et préfèrent déléguer l’entretien, l’assurance, voire l’assistance… et ne pas prendre en charge la revente dans le marché de l’occasion.

«Le recours à la LLD favorise notamment la maitrise du budget avec des véhicules récents présentant moins de risques de pannes assortis de forfaits mensuels fixes, tout en gardant la possibilité de réadapter le contrat en cours selon l’utilisation du véhicule», nous précise Philippe Valigny, Directeur général d’ALD Automotive Maroc.

Aussi, cette formule évite à l’entreprise ou au professionnel indépendant d’immobiliser de l’argent et simplifie sa gestion financière avec un coût fixe et une écriture comptable unique.

«La LLD a cette particularité d’être un service complet. Au-delà du financement du parc, c’est aussi la gestion de l’exploitation de ce dernier qui permet à l’entreprise de se focaliser sur son métier et de se décharger sur tout ce qui a trait à la gestion de sa flotte de véhicules», nous précise Hicham Kharrou, Directeur général de Chaabi LLD. Il ajoute : «on ne se rend pas compte, mais les charges liées à l’exploitation d’un parc automobile sont répartis dans les notes de frais, dans les immobilisations, non mesurées alors qu’avec la solution LLD, nous avons une visibilité de ce même parc, que ce soit en termes d’exploitation, mais aussi en termes de continuité du service avec la prestation de remplacement».

Au delà du financement et de la gestion de la flotte automobile, la LLD est en train de se transformer progressivement en gestion de la mobilité globale des entreprises. L’intégration des nouvelles technologies et des innovations disruptives seront dans le futur proche les enjeux majeurs pour les intervenants du secteur.

Hicham Kharrou, Directeur général de Chaabi LLD.

De même que les coûts relatifs aux ressources qui gèrent le parc automobile dans une entreprise, sont aussi à prendre en considération selon la taille et la typologie de la flotte.

In fine, il n’en demeure pas moins que le service offert par les loueurs offre une facilité d’usage et de mobilité dont il est parfois difficile de s’en passer. Au chapitre des inconvénients, c’est d’abord la délicate question des frais de remise en état qui se pose.

En effet, si le véhicule restitué s’avère être en mauvais état, les loueurs peuvent appliquer ces fameux frais de remise en état qui consistent en langage simple, à estimer le manque à gagner sur la revente du véhicule compte tenu de son état dégradé.

De même que le kilométrage prévu ne doit pas être dépassé, sous peine de pénalités kilométriques, à moins de négocier un contrat souple et flexible minimisant un tel impact.

Ce qu'il faut retenir

Vue sur un plan fiscal

Notez que la déduction des dotations aux amortissements est effectuée dans les limites des taux admis d’après les usages de chaque profession, industrie ou branche d’activité. Elle est subordonnée à la condition que les véhicules soient inscrits dans un compte de l’actif immobilisé et que leur amortissement soit régulièrement constaté en comptabilité.

Toutefois, le taux d’amortissement du coût d’acquisition des véhicules de tourismes, ne peut être inférieur à 20% par an et la valeur totale fiscalement déductible, répartie sur 5 ans à parts égales, ne peut être supérieure à 300.000 DH par véhicule, taxe sur la valeur ajoutée comprise. Lorsque lesdits véhicules sont utilisés par les entreprises dans le cadre d’un contrat de crédit-bail ou de location, la part de la redevance ou du montant de la location supportée par les entreprises et correspondant à l’amortissement au taux de 20% par an sur la partie du prix du véhicule excédant 300.000 DH, n’est pas déductible pour la détermination du résultat fiscal de l’entreprise.

Toutefois, la limitation de cette déduction ne s’applique pas dans le cas de location par période n’excédant pas 3 mois non renouvelable.

Related posts

Location Moyenne Durée : Pour plus de mobilité et de flexibilité

Houda TAZI

Réglementation et fiscalité : Ce qui va réellement changer

Houda TAZI

Financement : Le leasing comme catalyseur du transport

Houda TAZI

Laisser un Commentaire

* En utilisant ce formulaire, vous acceptez le stockage et le traitement de vos données par ce site.

Ce site utilise des cookies pour améliorer votre expérience. Nous supposerons que cela vous convient, mais vous pouvez vous désabonner si vous le souhaitez. Accepter Lire Plus